epigenetique-et-systemie_sc40Epigénétique et systémie

Ou comment la science moderne découvre que nous héritons aussi d’influences environnementales vécues par nos ancêtres…

Dr Clara Naudi
La pratique des constellations familiales, appelées ainsi sous l’impulsion, en Occident, de Bert Hellinger, est parfois présentée comme une pratique novatrice. En fait, cette harmonisation du champ familial par des méthodes spécifiques remonte à des temps très anciens.
Idris Lahore, auprès de qui nous sommes nombreux à nous former aux constellations familiales et systémiques, a reçu sa formation de deux sources traditionnelles : d’une part, les derviches Hakim du Kafiristan, qui transmettaient dans le secret de leur confrérie ce qu’ils appelaient les représentations euphoniques, d’autre part, les sages taoïstes chinois.
C’est à la réunion de ce savoir traditionnel et de la science moderne que cet article peut participer.

Pourquoi pratiquons-nous des constellations familiales ?

Parce que ce qui nous arrive dans notre vie, en particulier nos problèmes, est peut-être de notre fait, peut-être lié à notre enfance, mais peut-être aussi lié à l’influence de l’un des membres de notre système familial, qui peut être un ancêtre défunt que nous n’avons jamais connu. On appelle cela être intriqué avec un des membres de son système familial.
Les constellations nous montrent que les événements qui ont marqué la vie de nos ascendants, de nos ancêtres, peuvent avoir des répercussions dans notre vie, sans que nous en ayons conscience. Nous pouvons avoir, de ce fait, des troubles relationnels avec nos parents, avec nos enfants, nous pouvons être déprimés, avoir des maladies, subir des échecs récurrents, etc. Les constellations nous montrent que, une fois le nœud systémique dénoué, très souvent, notre situation s’améliore, nos problèmes se résolvent, nos maladies régressent ou guérissent, et le succès sourit à nos entreprises.

Caution scientifique

Les intrications, ces liens douloureux entre générations, ne trouvaient pas jusqu’à présent d’explication scientifique. Certes, on trouvera dans l’ADN les marques de maladies héréditaires, comme la mucoviscidose ou l’hémophilie, qui peuvent se transmettre de génération en génération. Mais nulle trace d’intrication dans nos gènes.
Par ailleurs, les généticiens ayant une réelle culture systémique ne semblent pas être très nombreux, pas plus que les constellateurs ayant des connaissances précises en génétique, ce qui ne favorise pas les rapprochements entre eux.

 

Champs d’information, Darwin et génétique

Les constellateurs nous parlent d’un champ d’information, que certains appellent “le champ qui sait”, et qui est présent durant le temps de la constellation. Ce champ, immatériel, contient toutes les informations relatives au système familial du client. Il contient la mémoire de tous les événements qui ont marqué les membres de ce système. Les constellateurs disent que nous sommes reliés par des fils invisibles à tous les membres de notre système, et que ces fils deviennent des nœuds qui nous enchaînent de façon douloureuse à ceux avec qui nous sommes intriqués. Ils disent aussi que les intrications ont tendance à se transmettre au fil des générations et que le travail systémique a une action libératrice non seulement sur le client, mais aussi sur ses ascendants et descendants.

Les généticiens, au moins jusqu’à ces dernières années, nous disaient, en accord avec Darwin, qu’il était impossible que des changements liés à l’environnement, apparus au cours d’une vie, se transmettent aux générations suivantes. Par exemple, si vous étiez obèse pour avoir trop mangé, cela ne pouvait en aucun cas avoir d’influence sur le poids de vos enfants (sauf si vous aviez partagé les mêmes habitudes alimentaires).

 

Epigénétique

C’est alors qu’intervient une nouvelle branche de la génétique : l’épigénétique. “Epi” veut dire : “A côté”. L’épigénétique correspond aux modifications génétiques liées à l’environnement, qui peuvent allumer ou éteindre certains gènes, sans toucher à la structure de l’ADN, et se transmettre d’une génération à une autre. Nous retiendrons trois exemples d’études expérimentales en épigénétique, parmi de nombreuses autres. • Des chercheurs ont nourri des souris avec une alimentation supplémentée en vitamine B12 et en acide folique, substances riches en groupements méthyle, dont nous verrons plus loin l’importance dans l’action épigénétique. Ces souris, au pelage jaune, étaient prédisposées à l’obésité, au diabète et au cancer, caractéristiques liées à un gène spécifique, appelé gène Agouti Yellow. Par le régime hyperméthylé, l’expression de ce gène s’éteint, les souris deviennent brunes, n’ont plus de problème de santé, et ces changements se perpétuent pendant deux ou trois générations.

D’autres chercheurs ont exposé des embryons de drosophile, cette mouche mascotte des généticiens, pendant une heure, à une température de 37°C, 20 degrés de plus que la température optimale. Les yeux de ces mouches, de jaunes, étaient devenus rouges. Cette modification s’est transmise aux générations suivantes. • Dans le cadre d’une étude portant sur 320 individus d’un petit village, une équipe de chercheurs suédois a découvert que si leurs aïeux avaient eu, au moment de leur adolescence, de la nourriture en abondance, leurs descendants avaient une mortalité par diabète quatre fois supérieure à la normale. Par contre, les descendants de ceux qui avaient connu une période de famine, semblaient protégés et du diabète et des maladies cardiovasculaires. Vous pouvez trouver bien large le fossé qui sépare ces résultats très limités de la diversité des influences transgénérationnelles que nous contactons au cours des constellations. Cependant, il est extrêmement difficile de concilier les critères de la rigueur expérimentale visant des résultats mesurables et la complexité des nœuds systémiques.

ADN : la double spirale de la vie

Au sein de chaque cellule de notre organisme, dans un noyau d’environ un centième de millimètre de diamètre, la Nature a réussi à loger deux mètres d’ADN, sur lesquels se répartissent vingt-trois paires de chromosomes. Cette longue molécule, l’acide désoxyribo- nucléique, en forme d’échelle spiralée, est le support moléculaire de notre patrimoine (et matrimoine) génétique, qui se transmet de génération en génération.

Sur cette longue molécule, sont codées toutes les informations nécessaires à la fabrication des protéines, qui permettent le développement, le fonctionnement, le maintien de l’intégrité et la reproduction de chaque cellule et de l’organisme, et ce, depuis la conception. Les informations y sont écrites à l’aide d’un alphabet à quatre lettres : A, T, C, G. Ces quatre bases, ou nucléotides, Adénine, Thymine, Cytosine, Guanine, constituent les barreaux de cette échelle génétique. Leur ordonnancement – elles sont couplées par deux – conditionne la fabrication de l’ensemble des protéines nécessaires à la vie. Chaque instruction qui code pour une protéine est un fragment d’ADN appelé gène. L’être humain possède 35000 gènes répartis sur trois milliards de paires de bases. De façon surprenante, le code génétique, c’est-à-dire l’ensemble de ces instructions, occupe seulement 2% de notre ADN !

Les gènes qui ont pour fonction de réguler l’expression de ces gènes, occupent, quant à eux, 10 à 15% de l’ADN. Ceci signifie que nous avons sept fois plus de gènes “régulateurs”, capables de modifier l’expression des gènes, que de gènes “instructeurs”. Ceci signifie également que le rôle des 1,85 mètre d’ADN non codant de chacune de nos cellules est totalement inconnu… Certains disent qu’il contiendrait la mémoire de l’humanité. Dans leur étroit habitacle nucléaire, les molécules d’ADN réalisent le prodige de cohabiter avec 60 millions de protéines très spécifiques, les histones, autour desquelles elles s’en- roulent pour former une sorte de collier de perles qui se compactera sur lui-même près de 400 000 fois, donnant la chromatine qui compose l’élégante structure des chromosomes.

Du gène à la protéine

Chaque gène contient les instructions pour fabriquer une protéine. La synthèse des protéines, c’est, par exemple, la façon dont certaines cellules de votre pancréas produisent, sous l’influence des gènes des cellules pancréatiques, des molécules d’insuline afin de vous permettre d’assimiler la délicieuse tarte à la framboise qui a accompagné votre tasse de thé. Depuis la découverte de l’ADN par James Watson et Francis Crick en 1953, il était établi que le flux d’information était unidirectionnel, depuis l’ADN vers la protéine. On reconnaissait que l’environnement stimulait le processus (la tarte, depuis vos intestins, stimule l’activation des gènes codant pour l’insuline), mais qu’il était impossible que son influence puisse s’inscrire dans le code génétique. Ainsi, si vous mangiez trop de pâtisseries, cela ne pouvait en aucun cas avoir de conséquences sur le taux de sucre de vos petits enfants. L’hypothèse n’était même pas évoquée. Depuis les années 1970 environ, les généticiens ont fait des découvertes qui viennent contredire ce dogme et démontrent que les influences de l’environnement peuvent, dans certaines circonstances, réécrire le génome, qui se transmet alors aux générations suivantes sous sa dernière version. L’épigénétique arrivait sur le devant de la scène.

 

Supports moléculaires des influences épigénétiques

Les mutations “génétiques” sont des modifications irréversibles des gènes suite à un changement dans la séquence des nucléotides. Il existe, dans le génome, des gènes “réparateurs”, qui réparent et cicatrisent en quelque sorte le génome, de sorte qu’un très faible pourcentage de ces mutations se trans- met à la descendance. Ces mutations spontanées, de cause inconnue, participent à la bio- diversité et sont un moteur de l’évolution. Les mutations “épigénétiques” sont des modifications réversibles de l’expression des gènes, sans altération de la séquence des nucléotides et qui se transmettent d’une génération à l’autre. Elles sont bien plus fréquentes que les mutations génétiques. Les généticiens ont identifié de nombreux substrats moléculaires à l’expression des gènes, dont deux en particulier :

• La méthylation de l’ADN. La fixation d’un groupement chimique méthyle à l’ADN modifie son organisation spatiale et empêche ainsi l’expression de certains gènes.

• La modification chimique des histones. Les histones sont comme des verrous qui peuvent modifier la structure de la chromatine. Les modifications chimiques des histones vont entraîner un changement dans l’arrangement des fils de chromatine, qui va exposer certains gènes ou au contraire les enfouir et les rendre inaccessibles à la transcription. Le rôle de ces protéines apparaît comme majeur dans les phénomènes d’empreinte épigénétique. Les chercheurs parlent même d’un “code histone”, capable d’influencer le “code génétique”

Effet épigénétique des constellations

La personne qui a demandé une constellation apporte avec elle les informations de son système familial qui sont contenues dans le champ d’information immatériel de son ADN et inscrites sous une forme matérielle, épigénétique, dans son génome. Au cours d’une constellation familiale, on assiste à l’extériorisation, à la matérialisation, par le biais des représentants, de l’image inconsciente du système familial du client. Cette image est modifiée par le travail du constellateur, puis réintégrée à un meilleur niveau. D’une certaine façon, le premier placement pourrait correspondre à une extériorisation des fragments de chromatine porteurs d’informations pertinentes par rapport au problème. Lors des derniers instants de la constellation, l’empreinte épigénétique initiale est remplacée par une nouvelle, plus favorable, et réintégrée dans le génome. On peut donc envisager que les constellations exercent une influence épigénétique “réparatrice”.

Et demain ?

Actuellement, l’explosion des recherches en épigénétique traduit le rapprochement entre une conception rigide et linéaire de l’hérédité et une vision mouvante et multifactorielle du fonctionnement du génome. Il ne peut y avoir d’opposition entre l’existence d’un champ immatériel et l’existence de processus moléculaires. L’un précède l’autre et l’autre manifeste l’un. Le monde des constellations familiales ne peut pas exclure l’aspect maté- riel, moléculaire, génomique des influences transgénérationnelles. Le monde de la recherche en épigénétique ne peut se fermer au savoir et à l’expérience systémiques. Si suffisamment d’hommes et de femmes parviennent à réunir en eux-mêmes ces deux modes de pensée différents, des influences harmonisantes pourront être introduites dans l’humanité et peut-être influencer favorablement son devenir.

 

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