52_A04_midLes trois racines de l’être humain par Idris Lahore

Nous subissons, à notre insu la plupart du temps, diverses influences qui nous empêchent de vivre réellement notre vie, de suivre notre propre destin personnel. La plupart de ces influences sont familiales ou ancestrales, certaines viennent d’un passé beaucoup plus lointain encore, et il nous faudra toutes les traiter pour pouvoir trouver notre juste place dans notre vie et dans les systèmes auxquels nous appartenons.
Pour pouvoir nous libérer de la souffrance, il est en effet nécessaire d’avoir des relations harmonieuses avec chacune de ces dimensions. Si une de ces connexions n’est pas correcte, elle cause des troubles dans notre vie. C’est comme si nous étions coupés de ceux du passé. C’est comme si nous n’étions plus connectés à la force du passé. Or, d’où vient toute notre force de vie ? Elle nous a été donnée par ceux du passé, c’est par eux que la vie nous a été transmise.

Si nous sommes déconnectés d’un système quelconque de notre passé, nous ne sommes plus en contact avec cette force de vie, qui ne peut plus couler vers nous. Ces trois types de connexions ou de relations sont les trois racines de l’être humain.

La racine familiale

Chacun évolue à l’intérieur d’une première racine, qui est sa famille : d’abord, sa famille d’origine (ses parents, ses frères et sœurs) et ensuite sa famille actuelle (son conjoint, ses enfants). La famille est la première source, ou racine, de nos difficultés comme de notre force. La plupart des psychothérapeutes sont d’avis que les troubles relationnels, basés sur des émotions négatives, ont leur source dans la famille d’origine, dans la relation de l’enfant avec sa mère, parfois avec son père ou avec l’un de ses frères ou sœurs, et qu’ensuite, ces troubles relationnels sont “projetés” sur toutes les autres relations au cours de sa vie, avec ses amis et ses ennemis, dans les relations affectives, amoureuses ou professionnelles.

La vie n’est plus alors qu’une répétition de ce qui a été vécu par l’enfant. C’est la récurrence sans fin des mêmes difficultés. Pour nous, la famille, où ces phénomènes ont effectivement lieu, n’est pas la racine la plus profonde, mais elle est la première à être accessible, même à tous les théoriciens de la psychologie actuelle.

La racine des ancêtres et de la terre

Ce que nous vivons, aussi bien les événements heureux que les difficultés, les troubles et les maladies, peuvent avoir comme source nos ancêtres, proches ou beaucoup plus loin- tains, dont le souvenir souvent s’est perdu, mais dont les expériences heureuses (dans ce cas, ce n’est pas un problème ; au contraire, c’est une force qui coule jusqu’à nous !) ou malheureuses (dans ce cas, il s’agit bien sûr de s’en libérer) se répercutent à travers les générations jusqu’à nous.

Si nous voulons trouver de meilleures solutions, nous sommes obligés de nous adresser à un meilleur niveau que le nôtre, puisque c’est à notre niveau que se trouvent tous les problèmes. Mais ces problèmes ne sont pas seulement de notre niveau. Nos problèmes de santé, nos problèmes relationnels ou familiaux, nos problèmes de couple, nos problèmes professionnels, en fait tous nos problèmes, lorsque nous n’arrivons pas à les résoudre, ne sont pas “nos” problèmes. Ce sont les problèmes qu’un de nos ancêtres n’a pas réussi à résoudre dans sa vie et il nous appelle au secours en les manifestant dans notre vie, soit par un problème comme celui que nous avons, soit à travers une maladie ou un accident.

C’est comme si, partout où il y a dans notre vie des perturbations que nous n’arrivons pas à résoudre, un de nos ancêtres s’adressait à nous pour que nous entendions cet oublié, cet exclu, cet homme ou cette femme qui n’a pas trouvé sa place dans sa vie. C’est pourquoi beaucoup d’individus, dans leur vie quotidienne, “représentent” l’un ou l’autre de leurs ancêtres. Dans notre travail, nous disons qu’ils sont “intriqués” avec cet ancêtre. Cette “intrication” est souvent un lien négatif qui les pousse à adopter des comportements ressemblant à ceux de ces ancêtres, en particulier lorsqu’un de ces ancêtres a été maltraité, lorsqu’il a été rejeté ou exclu, ou bien lorsqu’on lui a volé quelque chose qui lui appartenait, que ce soit sa place dans son propre système familial, ou bien son honneur, ou encore sa fortune… Son descendant reproduit aujourd’hui des attitudes en relation avec son intrication avec cet ancêtre.

À cette deuxième racine qu’on appelle ancestrale, nous associons habituellement les éléments ethniques, nationaux et religieux. Nous les considérons comme faisant partie du système ancestral. En effet, l’ancêtre a pu également être exclu non d’une terre, mais d’une religion ou d’un peuple.

Chacun d’entre nous est né dans un lieu pré- cis et sur une terre particulière, au sein d’un peuple particulier, et certaines personnes ont un lien perturbé, une intrication, avec la terre d’origine de leurs ancêtres. Si un de leurs ancêtres a été exclu, exilé, chassé de sa terre natale, il devient, comme presque tous les émigrés, quelqu’un qui est déraciné, qui a perdu ses racines. C’est comme si le lien avec cette terre ou ce pays était coupé, comme si la force qui venait de la racine des ancêtres et de la terre ne le nourrissait plus. Nous relier, nous reconnecter à cette source, à cette force, est également une nécessité si nous voulons un jour nous réaliser ou réellement réaliser quelque chose dans le monde extérieur alors que nous sommes, de façon récurrente, en prise avec des difficultés de réalisation.

Les gens pensent qu’on peut facilement changer de pays, de continent même, et que les difficultés rencontrées dans ces autres pays sont uniquement des difficultés d’adaptation. En réalité, celle-ci est la moindre des difficultés, parce que l’être humain a la grande faculté de pouvoir s’adapter à presque tout et partout. La véritable difficulté ne vient pas de l’adaptation à un nouveau pays : elle est liée au fait que la force de nos ancêtres, de notre terre d’origine, ne vient plus jusqu’à nous. Beaucoup (la majorité ?) d’entre nous sont des descendants d’émigrés si l’on remonte sur quelques générations, et certains ne savent pas qu’ils sont issus d’une rencontre avec un voyageur de passage… rencontre qui peut remonter à plusieurs siècles.

Les constellations nous montrent que, parfois, ce problème se manifeste dans une génération très éloignée (jusqu’à sept et par- fois davantage encore) de celui qui a été exilé ou qui a émigré. À nous de découvrir cela aussi dans le cadre de notre travail, pour rétablir le flux de la connexion.

 

La racine spirituelle

La racine spirituelle nous donne l’indication que nos troubles, nos maladies, nos difficultés relationnelles peuvent avoir des sources plus lointaines encore que notre famille actuelle, notre famille d’origine et notre système ancestral. On est obligé alors de faire d’autres types de constellations. Mais pour pouvoir faire ce type de travail, il est nécessaire au préalable d’avoir équilibré ce qu’on appelle “la personnalité”, qui est engagée dans sa vie, dans son destin habituel. Le travail spirituel ne peut être fait qu’avec une personne réellement engagée dans cette connaissance et cette harmonisation de sa personnalité.

Lorsqu’on a harmonisé la première racine, celle des systèmes familiaux, et ensuite le système ancestral sous tous ses aspects, ce qui nécessite la plupart du temps plusieurs constellations, l’équilibre atteint est généralement suffisant. Parfois, cependant, tout ce qui est fait au niveau des deux premières racines est insuffisant, l’amélioration n’est que minime, ou même il n’y a pas d’effet du tout car, en réalité, il y a un problème encore plus profond, lié à la troisième racine, qui est “l’essence”, l’esprit même de cet individu. Nous sommes alors obligés de faire un autre type d’intervention pour permettre à cette personne, à cette personnalité qui vient s’asseoir à côté de nous pour régler sa difficulté, d’entrer en contact avec la profondeur de son être, avec sa propre individualité, avec son “essence”.

Pour trouver un véritable équilibre dans sa vie, avec lui-même et avec les autres, et pour pouvoir avancer vers sa réalisation, l’être humain doit avoir harmonisé sa relation à ces trois racines : celle du sang ; celle des ancêtres et de la terre ; celle de l’esprit.

 

Traitement systémique des trois racines

Pour traiter la racine familiale, nous commençons à faire une mini-constellation de famille d’origine, avec l’enfant, un parent ou les deux, et un aïeul ou un frère ou une sœur. Nous ne choisissons des représentants que pour les membres de la famille dont nous pensons qu’ils sont liés au problème évoqué par notre client. Cependant, dans leur grande majorité, les problèmes sont dus à une cause première plus lointaine. Le vrai nœud est une perturbation avec un aïeul nous conduisant, dans un deuxième temps, à faire une, mais souvent plusieurs constellations d’ancêtres (voir l’article p. 62).

Enfin, au cours d’une troisième étape, afin de guérir les blessures profondes marquant la personnalité, il est parfois nécessaire, si le client en perçoit l’importance, de procéder à des représentations spirituelles. La plupart du temps, heureusement, ce n’est pas nécessaire, tout simplement parce que le fait de réguler le flux dans la famille d’origine, et chez des ancêtres, suffit à donner tellement de force au client qu’il arrive ensuite à régler ses problèmes lui-même.

 

Trois connexions nécessaires

L’être humain ne peut vivre que parce qu’il est en connexion avec trois racines.

La racine spirituelle : c’est la source originelle d’où viennent toutes les manifestations de la vie. Pour ceux qui n’y croient pas : tout a commencé avec quelques atomes, porteurs d’information. Et toute information est de nature plus subtile que la matière elle-même. Aussi, même les matérialistes peuvent l’appeler la racine spirituelle.

La racine ancestrale ou terrestre. Elle nous ramène aux origines de l’espèce humaine, jusqu’à la source du premier ancêtre. C’est la racine de la terre ou des terres d’origine de nos ancêtres. De là vient une forme d’énergie.

La racine du sang ou de la famille. Plus proche, plus facilement accessible. Ce sont nos parents, nos frères et sœurs. Nous pouvons vivre toutes sortes de perturbations parce que notre connexion à l’une des trois racines est perturbée. Ces perturbations seront le mal-être, la maladie, les échecs dans notre vie familiale, professionnelle, sociale et spirituelle.

 

La tradition derviche

Dans la tradition derviche, quand quelqu’un venait pour résoudre un problème, le médiateur regardait s’il existait une perturbation dans chacune des trois racines. D’abord, il vérifiait l’état du lien avec la famille. Est-ce que quelqu’un est exclu ? Est-ce qu’il a une place dans l’âme de sa famille ? Est-il à sa juste place ? Est-il à la place d’un autre ?

Ce sont là les deux premiers principes systémiques évoqués par Bert Hellinger : le droit d’appartenance et la juste place. C’est-à-dire le principe d’appartenance et le principe du rang ou de priorité. Est-ce que chacun remplit sa fonction, permet- tant ainsi l’équilibre entre ce qu’on reçoit et ce qu’on donne ? C’est le troisième principe systémique, l’équilibre entre donner et recevoir. Une fois ceci vérifié, si le trouble ou la maladie ou la perturbation ne disparaissait pas, il s’agissait de vérifier l’état de l’âme de ses ancêtres et de la relation aux ancêtres. Est-ce qu’un ancêtre se manifeste parce que, d’une façon ou d’une autre, il a été exclu ? Est-ce qu’on a manqué de respect à la nation, à la religion, aux dieux, à Dieu, ou encore à la terre elle-même ? Ceci était résolu dans le cadre de constellations ancestrales.

Une fois ceci vérifié, si le trouble persistait, le médiateur vérifiait l’état le plus profond de l’âme de l’individu, c’est-à-dire l’état de sa relation à sa manifestation actuelle, à son incarnation, à sa personnalité, à son essence profonde qui, selon les croyances, s’incarnait pour la première fois ou se réincarnait déjà. Les derviches considéraient que tout trouble avait comme cause profonde une perturbation dans l’une des trois racines, ou dans les trois. Dans la famille actuelle, puis dans la famille d’origine, ce pouvait être l’élan interrompu vers le père ou la mère, ou une perturbation symbiotique, ou une identification à un membre de la fratrie. Beaucoup de troubles récurrents étaient liés à l’âme des ancêtres. Enfin, les troubles plus profonds pouvaient être liés à sa propre essence, soit à sa structure même, soit à un problème lors d’une autre vie.

Les trois racines selon les taoïstes

Une autre façon de voir ces trois racines est la vision qu’ont les maîtres taoïstes de l’être humain et de son incarnation. Ils disent que l’homme est composé de la matière des cinq éléments (La Terre) en qui est venu l’Esprit (Shen ou le Ciel ou le Monde Spirituel). Ils disent que nous sommes tous partis du monde de l’Esprit pour nous incarner dans un corps physique.

L’Esprit traverse l’âme de l’humanité. Ensuite, il contacte l’âme de ses ancêtres. Puis il passe à travers sa famille, plus proche, et enfin, il entre dans le corps physique préparé par le père et la mère. Mais, lorsqu’il les traverse, certains aspects (problématiques) de chacun de ces mondes restent accrochés à lui, afin qu’il les emporte dans son incarnation terrestre… pour les résoudre.

 

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